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Le Fil

par Mister Boy

Mister B l’oeil vide, l’oeil froid, l’oeil sec, le regard hagard.

La rumeur circule, est-il vivant ? est-il mort ? retraité-anticipé? misterboynappé?

De l’intérieur de ma tête, je regarde dehors par mon oeil vitreux. Je comprends plus rien.

J’ai mis mon cerveau à off et mon corps à moins que ça.

J’ai pas bougé, pas mangé, pas baisé, pas lavé, pas rasé depuis tellement longtemps que j’m’en rappelle plus.

De dedans mon crâne je regarde dehors sans comprendre… mais depuis quelques temps quelque chose à changé dans mon décor.

Il y a eu une espèce d’éclipse de lumière très brève. Depuis, il y a un fil scintillant qui traverse mon champs de vision de haut en bas, ça me gène.

Cet événement a réanimé la conscience de mes signes vitaux. Je respire, mon coeur bat et je vois.

Ça a aussi réanimé mon intellect. Qu’est-ce que c’est que ce fil d’argent ?

Ça a même réanimé mes émotions. Il m’énerve ce fil.

Mais je suis toujours immobile, mon corps comme un vieux rocher trop de fois centenaire.

Dans un fragment de lucidité, une frêle petite bulle, j’ai compris que le fil est la clé pour me sortir de cette léthargie. Après tout, il a déjà commencé le travail de réanimation sans me demander mon avis.

Je dois comprendre… une éclipse, un fil brillant !? Je suis certain d’être couché, le dos légèrement rehaussé à cause de l’angle de la lumière suspendue au plafond.

Le fil part du sommet de mon crane jusqu’à très loin en bas. Pour voir où il va, je dois reprendre le contrôle de mes yeux. On dirait que j’ai oublié comment m’en servir, ils ne bougent pas, ils fixent.

Ils tremblent un peu, je commence à les bouger avec une lenteur incroyable. Ça fait mal. Ça grince, c’est sec et rouillé comme une chaîne de vélo après un hivers sous la neige, c’est horrible. Je pleure mais ça bouge.

Je n’arrive pas à cligner des yeux. Je laisse les larmes tomber et je prend le temps de m’habituer aux nouvelles images.

Le fil se rend jusqu’à un truc que je reconnais comme mon pied malgré sa paleur et les ongles longs comme des sabres. Entre mes deux pieds, une mozaïque de fils parfaite avec un point noir au centre.

Eh merde, j’en suis là! Une arraignée installe son hamac sur mon corps pour une sieste.

Trop d’inertie et de catatonie, ça pique dans tous mes membres, il est vraiment temps que je bouge mon corps d’athlète (avant qu’il ne m’en reste que les pieds).

Je me concentre sur chaque os, chaque muscle, chaque nerf en fixant l’insolente bestiole.

Je bondis en avant en criant de douleur et j’attrape la chose. J’ai besoin de reprendre des forces. Je la gobbe.

En me massant la nuque, j’enlève de mes cheveux et de mes pieds ce damné fil.

Mister Boy, c'est un égo grand comme ÇA dans des souliers trop petits... With Great Powers come Great Catastrophies. Dernières publications : Voter stratégique contre les conservateurs, Le sang dans les voiles et Quatrième tournée. Voir tous les articles par Mister Boy

commentations

tamé – 2006.04.05 7:49 PM

Tu es une bebitte ? Cette petite chose parcimonieusement velue toujours là pour me faire lever les poils de jambes…
Une araignée sortant de son hivernation ayant besoin de bouffer son frère pour prendre des forces. right ?

J’aime bien. L’image est bien derrière mes fenêtres oculaires.

Föv Tuchte – 2006.04.05 8:48 PM

He’s back ! Content de te relire. Vivement Mister Boy!

Mister Boy – 2006.04.06 4:59 AM

Ça faisait fichtrement longtemps…

Étienne Després – 2006.04.12 7:04 AM

Hey. Welcome back. Belle sortie de léthargie.

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