"Charch’tu quekun mon beau"
Sa robe rouge pompier et son franc parler m’avais mis la pute à l’oreille. C’était probablement la personne dont j’avais besoin.
« Oui, mais pas pour moi » répondis-je en tirant sur la laisse que j’avais tenue très discrètement jusqu’à lors, ne voulant pas éveiller ses soupçons. Imaginez maintenant le visage d’une jeune travailleuse du sexe presque vierge apercevant à l’extrémité d’une laisse un superbe homme-tronc avec une muselière.
Après une série d’entrevues peu fructueuses, j’en étais presque venu à l’idée de faire cavalier seul quand vers la fin, je tombai sur quelques cadidats potables. Le premier parmi eux, cet homme-tronc avaleur de sabres fort qualifié qui, du reste, parlait très peu et semblait avoir une intelligence assez limitée. Je n’avais même pas réussi à savoir son nom mais je m’y étais attaché comme on s’attache à un animal domestique qui réussi quelques bons tours.
J’avais cependant compris assez rapidemment que je devais le tenir muselé et en laisse car le pauvre bougre avait la langue baladeuse (à défaut d’avoir des mains) et était d’une perversité extrême. C’est en désespoir de cause que je l’emmenais chez une professionnelle espérant le calmer une fois pour toutes ou m’en débarrasser à peu de frais.
Voilà donc mon énergumène en présence de cette jeune créature effarouchée, elle qui espérait avoir une nuit de rêve toutes dépenses payées avec Mister moi-même.
— Mademoiselle, je vous payerai quintuple salaire pour coucher avec mon ami.
— Quessé qui m’prouve quié pas danjereux ? Enlève-z-y ça(en parlant du masque à la « silence des agneaux »), si y mord pas, j’le prends.
Courageuse la brave fille, l’offre est honnête, j’essaie. Je démusèle mon sbire, espérant qu’il vendra sa salade du mieux possible ou que sa beauté foudroyante aura le dessus sur sa jactance. Il renifle, il écume, il salive et se lance dans envolée verbale insoupçonnée :
— Quand j’avais des bras, j’étais contrebassiste dans un orchestre et l’une de mes cousines nous jouais souvent de la pipe à coulisses durant les entractes. Vous me la rappellez, en mieux.
Ouf, pas mauvais le Tronc-Juan. Le pacte est conclu, je les attendrai patiemment à la porte de la chambre et dans une demi-heure, je saurai si la baise aura raison de la perversité de Macho-manchot-man. Je les entends de l’autre côté et il semble bien s’en tirer.
— Quesse-tu fais dans vie ? De lui demander la miss pour le mettre à l’aise.
— Avaleur de sabre.
— Ça tombe ben, moé ’si. Gloup ! (Ça parle mal mais c’est pas con.)
— AAAAhhhh ! Beugle mon tronqué.
— VROOUUUUM ! De dire je ne sais qui d’une voix très métalique.
— AAAAhhhh ! Répondent les deux autres à l’unisson.
Àààààà l’unisson, j’aurais trouvé ça beau, mais après VROOUUUUM, ça cloche ! Je me précipite sur la porte dont la serrure cède sous mon pied comme une femme sous mon (allez, pas le temps de divaguer).
Un scène pitoresque s’offre à moi à travers les restants de porte. Ils sont flambant nus, saisis et à tout jamais sosies la pute et mon gaillard. La pauvre a les bras tranchés ! Elle cri et elle pleure au dessus du bruit grinçant (dans son job, c’est très mauvais d’être amputée). Face à eux, un méchant gars énorme avec au bout des pattes, une scie mécanique (Ah, s’était ça le bruit) énorme elle aussi. Dans les mauvais film d’horreur ça fait rire mais en réalité, sans la musique et avec du vrai sang c’est assez convainquant, je dois l’admettre. Je fonce.
La scie fauche le sol sous les pieds de mon accolyte qui évite de justesse d’être cul-de-jatte (ça serait le comble). Deuxième coup, vers le sexe cette fois, visant à faire de lui un homme-tronc-sans-tronçon, un tronc tout court. Ça serait trop con, il esquive ! La scie se lève, elle vise la fille cette fois mais Popaul-Tronc s’interpose, la geule béante ! FLAFLAFLAFLA ! Je sais pas si il tiendra le coup l’avaleur de sabre avec une scie rotative dans le gosier. Il ne s’était pas rendu si loin dans les prouesses à l’entrevue. J’accélère.
La nouvelle femme-tronc se fait une vengeance avec les pieds au lieu de s’évanouir comme le ferait une fille de bonne famille. Mister : vitesse de croisière, un peu plus peut être. Le salopard extirpe sa scie de mon piteux compère et se retourne vers la dame :
— La vache ! Comment t’as pu me faire ça?!
Vitesse maximale, mon poing chauffe comme une navette spatiale à son entrée dans l’atmosphère, il s’abat sur la figure de l’autre. Mille briques par phalanges, sa tronche ne tient pas le coup. Ça craque, ça éclatte, j’ose pas regarder, j’aurais fait plus propre avec la scie… il s’effondre.
Les manchots se regardent tendrement et se font une sorte d’étreinte sans bras avant de choir sur le lit comme après l’amour, inconscients.
J’appelle une ambulance. Je fouille celui qui, si j’ai bien compris, était l’amant de la brave putite. À part les objets d’usage (clés, porte-foin, peigne en os), il a sur lui un carnet assez volumineux rempli de numéros de téléphones. 500 j’estime, tous des potes à lui ?
Un gars qui est prêt à massacre-à-la-tronçoneuser une jolie fille alors qu’elle faisait correctement son métier, ses amis ne doivent pas être très rigolards.
Dans mon for intérieur, ça crie; c’est probablement ici que les ennuis commencent!
Mister Boy, c'est un égo grand comme ÇA dans des souliers trop petits... With Great Powers come Great Catastrophies. Dernières publications : Voter stratégique contre les conservateurs, Le sang dans les voiles et Quatrième tournée. Voir tous les articles par Mister Boy